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Histoire de l'affiche suisse


EN CONSTRUCTION

Symbolistes suisses

A la fin du XIX siècle, des artistes suisses de talent, Félix Vallotton, Eugène Grasset et Théophile Alexandre Steinlen deviennent célèbres à Paris. C’est l’époque du Moulin Rouge, de la montée de Montmartre, d’Aristide Bruant et du «Cabaret du Chat Noir».
Ces artistes symbolistes ouvrent la voie vers l'Art Nouveau, aujourd'hui ils sont présents dans les collections du monde entier.

Felix Vallotton, Kunsthalle Basel 1942

1942 – Felix VALLOTTON

CHF 2280.–

Le parasol bleu

1900 – Eugène GRASSET

Vendu

Motocycles Comiot, Paris

1899 – Theophile Alexandre STEINLEN

CHF 26200.–

L'Art Nouveau en Suisse

Au début du 20e siècle les artistes suisses sont fortement influencé par L’Art Nouveau français et le Jungenstil venu d'Allemagne.

Lac de Joux, Grand Hôtel au Pont

1900 – ANONYME

CHF 1680.–


Tirant leur inspiration de la nature et de la féminité, les artistes de ces mouvement ont créé des motifs de formes arrondies, avec une profusion de détails, d'ornementations, d'allégories et de symboles qui occupent tout l'espace disponible dans une explosion d'ornementation autour du sujet central.

Ausstellung von Bildern - Münchner Secession im Künsterhaus Zürich

1900 circa – Fritz BOSCOVITS

CHF 2200.–

Emil Cardinaux

Emil Cardinaux, né à Berne en 1877, est l'un des fondateurs les plus importants de l'affiche en Suisse. Après avoir étudié l'art à Munich, Cardinaux s'établit définitivement en Suisse pour travailler en tant que peintre paysagiste.
En 1908, le gouvernement suisse lui commande une affiche pour promouvoir le Mont Cervin et Zermatt. Cette étape marque un tournant dans la carrière du jeune illustrateur. Emil Cardinaux crée alors la première affiche de tourisme "moderne".
Cette affiche le fit connaître internationalement et influencera de nombreux artistes et affichistes suisses.

Outre ses affiches de tourisme suisse, Emil Cardinaux dessinera de nombreuses affiches publicitaires, notamment pour les chaussures "Bally", les chocolats "Villars" ou les "Tapis Schuster".

Teppishhaus Schuster & Co, St.Gallen & Zürich

1916 – Emil CARDINAUX

CHF 2650.–

Les affiches de la Guerre 14-18


Le début de la Première Guerre mondiale marque la fin de l'Art Nouveau et de la Belle Epoque. La mobilisation et l'austérité sont de rigueur. La Suisse est épargnée par la guerre, mais la troupe est quand même mobilisée aux frontières.

Divers mouvements de solidarité pour le soutien aux soldats et aux familles naissent et de grandes campagnes d'affichages sont lancées.

La guerre 14 - 18 en Suisse >

Don national Suisse

1918 – Jules COURVOISIER

CHF 890.–

DADA en Suisse (1914-1923)

«Une bouffonnerie issue du néant» (Hugo Ball).

Plusieurs artistes de Zürich se regroupent autour de Tristan Tzara et Jean Arp. Ils produisent une œuvre totalement nouvelle qui brise toutes les règles artistiques. Ils préconisent la fin des idéologies et une liberté totale dans toute la création artistique.
 C’est la naissance de DADA, un mouvement intellectuel, littéraire et esthétique qui, à partir de 1914, efface complètement toutes les règles artistiques et sociales. 

Les horreurs de la Première Guerre mondiale rendent les anciennes conventions obsolètes. Les traits caractéristiques de Dada sont l’humour, la dérision, l’absurde, un esprit infantile, le mépris, le scandale, l’érotisme, la nudité, le collage, l’abstrait et une typographie totalement déstructurée.

Ces artistes avant-gardistes s’expriment à travers divers médiums artistiques, la poésie, le théâtre, la danse, la peinture et la sculpture et leurs idées dépeignent leur mode de vie excentrique. Leur Art a un contenu politique, révolutionnaire et libertin fort qui bouleverse l'establishment et provoque souvent le scandale.
Après la guerre, certains happenings dadaïstes sont censurés, voire interdits et des œuvres sont détruites.
 Le nom «Dada» naît à Zurich en mai 1916 lors d'une réunion d'artistes (Tristan Tzarra, Jean Arp, Hugo Ball, Marcel Janco et Sophie Taeuber-Arp) dans le café Niederdorf qu'ils rebaptisent Café Voltaire.

Exposition Hans Richter, théoricien, peintre et cinéaste dada, Zürich

1982 – Paul BRUHWILER

CHF 470.–

L'origine et la signification de «Dada» demeure incertaines. Les dadaïstes brouillent délibérément les pistes en faisant des déclarations contradictoires dans l'esprit du mouvement du type, oui=non.

Dada est Dada.
 A partir de 1918, plusieurs artistes se joignent au mouvement: André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon et Erik Satie en France, Marcel Duchamp, Francis Picabia et Man Ray aux USA, Georges Grosz et Kurt Schwitters en Allemagne. En 1921, la plupart des Parisiens commencent à le quitter et en 1923, «Dada est mort», laissant la porte ouverte au Surréalisme.
 Dada nous a laissé très peu de documents imprimés.

Plusieurs musées ont la chance d'avoir des affiches de manifestations Dada, généralement de petite taille. Ces objets d'Art arrivent rarement sur le marché. Cependant l’influence de Dada a été considérable. En faisant fi de toutes les règles, Dada a permis la diversité et la créativité de l'Art moderne et contemporain.
 Dada est la clé de l’Art du 20e siècle.

Kunsthaus Zürich, Man Ray

1988 – Werner JEKER

CHF 930.–

SachPlakat ou Affiche Objet (1905 -1960)


Au début du XXe siècle l'expression graphique en Suisse est encore inscrite dans une tradition symbolique, bucolique et pittoresque.

Robert Hardmeyer a réussi à ébranler cette expression picturale traditionnelle avec un coq très fier dans sa chemise blanche immaculée, pour faire la promotion d'une blanchisserie. Son affiche "Waschanstalt Zürich" dessinée en 1904 est perçue comme la genèse suisse du "SachPlakat", l'affiche objet.
Bien qu’il s’agisse d’un animal, cette illustration en rupture avec la tradition, montre de nombreuses caractéristiques de l'affiche objet: un sujet unique, dessiné dans un style simple et réaliste, une impression de haute qualité en lithographie avec de grand aplats de couleurs vives, un texte réduit au nom de la société.


Dès qualités graphiques reprises dès 1905 par Lucian Bernhard, un des plus célèbres artistes allemand considéré comme le père du style "SachPlakt". 



A Zürich le style SachPlakat se développe dans les années vingt grâce à des maîtres comme Otto Baumberger, Otto Ernst, Charles Kühn parmi d'autres.

Blanchisserie "Waschanstalt, Zürich A.G."

1904 – Robert HARDMEYER

CHF 1650.–

Baumann, Fraumünsterstr. 17

1928 – Otto BAUMBERGER

CHF 2600.–

Kohler, Chocmel, Chocolat au lait, amandes et miel

1930 circa – Charles KUHN

CHF 3900.–

Bülacher Flaschen zur Einmachzeit

1936 – Otto ERNST

CHF 960.–


En 1925, Niklaus Stoecklin à Bâle crée sa célèbre roue pour le Pôle de Transmissionen. Avec cette affiche naît l'école de Bâle basée autour de l'imprimerie Wassermann.



Des années 1930 aux années 1950, de grands artistes comme Hans Handshin, Herbert Leupin, Peter Birkhäuser ou Donald Brun adoptent ce style et créent de nombreuses affiches de produits, souvent destinés à l'industrie bâloise.

 Ces affiches objet sont magnifiquement imprimées en lithographie sur pierre de telle sorte que les objets semblent réels. Cette réalité sublime surdimensionnée les rend hyperréalistes. Pour cette raison, le style de l’école «SachPlakat» de Bâle est aussi appelé «Hyperréalisme magique».

Binaca

1943 – Niklaus STOECKLIN

Vendu

Savon Steinfels, rendement supérieur

1944 – Herbert LEUPIN

CHF 970.–

Mettler savon

1950 circa – Donald BRUN

CHF 2170.–

The collar Permastyff with the durable shirt

1943 – Peter BIRKHAUSER

CHF 2250.–


En suisse romande quelques artistes dessinent aussi des affiches dans ce style, comme par exemple l'affiche pour la promotion de la lecture de Jacomo Muller.

Ces affiches originales de l'âge d'or des imprimeurs et designers suisses sont désormais considérées comme des œuvres d'Art. Elles se trouvent dans de nombreuses collections et musées du monde entier.
 Andy Warhol sera inspiré par le SachPlakat, en particulier dans ses peintures de «Campbell Soup».

Un livre fait plaisir en toutes circonstances

1930 circa – Jacomo MULLER

CHF 1270.–

Otto Baumberger

Otto Baumberger est l'un des plus important graphiste Suisse et est souvent considéré comme le "père spirituel" de l'affiche suisse.
Il travaille comme lithographe et directeur artistique dans l'atelier du célèbre imprimeur J.E. Wolfensberger de 1911 à 1913, où il crée sa première affiche.
Pendant plus de 40 ans, il réalise environ 250 affiches notamment pour le tourisme, la culture, la politique et la publicité. Dans sa diversité, l'oeuvre de Otto Baumberger incarne l'histoire de l'affiche suisse de la première moitié du XXème siècle. Il cherche dans ses affiches, les solutions les plus appropriées pour transmettre le message publicitaire.
Dans ses débuts, il influencé par le Jugendstil, l'Art nouveau allemand (senft, Baumann Kolliker), l'expressionnisme (Oresteia, Medea) et l'Art du Fastnacht, le carnaval.
Otto Baumberger crée ensuite de nombreuses affiches touristiques, souvent dans le style Art Deco. C'est aussi l'un des précurseur du Sachplakat (affiches objets); Le chapeau Baumann ou le manteau PKZ sont des icônes de ce mouvement graphique.
Ses affiches dans le style suisse international soutenues par une grande rigueur typographique sont directement influencées par le Bauhaus (Walsheim Weisse, Brak liqueur, Neue Zürcher Zeitung).

Zürich, Restaurant St-Gotthard

1913 – Otto BAUMBERGER

CHF 2930.–

Senft Wohnung, Einrichtungen, Basel

1916 – Otto BAUMBERGER

CHF 2650.–

Swan

1919 – Otto BAUMBERGER

CHF 3200.–

Walsheim Weisse, Walsheim-Brauerei AG, Bayern

1930 circa – Otto BAUMBERGER

CHF 2870.–

Charles Loupot

Charles Loupot est l’un des créateurs majeurs de l’histoire de l’affiche,

Né à Nice en 1892, la famille Loupot s’installe à Lausanne en 1907. Après les Beaux-Arts à Lyon, Charles Loupot publie en 1916 des dessins dans "La feuille d'Avis de Lausanne". Son atelier devient un lieu de rencontre pour toute une série de créatifs basés à Lausanne, dont le photographe Émile Gos et l'écrivain Charles Ramuz. Durant cette période, fortement inspiré par le fauvisme, Charles Loupot dessine plus de 60 projets dont les célèbres affiches pour PKZ les chocolats Cailler ou les Fourrures Canton en 1924.

Peu après, il s'installe à Paris où il devient une des plus célèbres dessinateur Art Déco.


PKZ

1921 – Charles LOUPOT

CHF 13900.–

Cailler, Chocolat au lait

1921 – Charles LOUPOT

Vendu

Lausanne, Fourrures F. Canton

1918 circa – Charles LOUPOT

Vendu

Art Déco Chic


Le style "art déco chic" mené en France par Roger Broders fait quelques émules en Suisse.


Canton Fourrures, 1st blue edition circa 1930

1930 circa – Charles LOUPOT (d'après)

CHF 4350.–

Bonnard & Cie, Nouveautés confection

1920 circa – M.M.

CHF 3600.–

Les affiches de la Guerre de 1939-1945

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la production artistique diminue, on continue cependant à créer des affiches, notamment en France sur les thèmes du rationnement de la nourriture, de la résistance, de la collaboration ou encore pour soutenir l’effort de guerre : «l’affiche sert en premier lieu la propagande gouvernementale et de quelque côté que l’on se place, elle appelle au civisme, incite à préserver la sécurité nationale, à participer à la production et met en garde contre l’envahisseur».

De nombreuses affiches qui poussent la société à souscrire à l’emprunt de la défense nationale fleurissent. L’affiche Ne jetez Rien (1941), d’auteur anonyme, invite la population à trier consciencieusement ses déchets afin de faire de la récupération. En ces temps de guerre où chacun espionne son voisin et où la délation fait rage, des affiches avertissent la population contre la collaboration ou prônent la confidentialité et le silence, c’est le cas par exemple de l’affiche de Seiler, Silence, l’ennemi nous écoute (circa 1941).

Jeunes gens! Votre relève ! Engagez-vous pour la bataille des champs

1943 – Noel FONTANET

CHF 990.–

En dépit de cette période sombre, la Suisse poursuit le développement de son art publicitaire : «les dessins sont artistiques, l’impression remarquable, l’affiche impeccable». En 1941 le Conseil Fédéral instaure le «Swiss Poster Award» dans une volonté d’embellir les rues et de détendre l’atmosphère ambiante par des affiches colorées. Le Prix de l’Affiche permet de récompenser des artistes suisses tels que Niklaus Stoecklin ou Herbert Leupin. Cette mesure soutient non seulement l’industrie graphique mais aide également au développement du Swiss Style ou encore « Style Suisse International ».

Silence, l'ennemi nous écoute

1941 circa – SEILER

Vendu

Herbert Leupin

La Pin-up

Dawa, Treue Helfer der fleissigen Hausfrau

1945 circa – ANONYME

CHF 890.–


Avec l'émancipation féminine d'après-guerre l’image de la femme dans l’affiche publicitaire change , elle oscille entre deux visions un peu réductrices et dichotomiques de la femme, la femme au foyer, dévouée à sa famille, et une image plus sulfureuse et controversée, la Pin-up.

Colonial filtre

1955 circa – Marcus CAMPBELL

CHF 970.–

En vogue ! le nouveau Lahco fleur

1955 circa – ANONYME

CHF 1380.–

Liberty, a perfect american cigarette

1947 – ESBE

CHF 2200.–

Les affiches General Dynamics (1952-1960)

Durant la période de l’«Atomic Age» la société «General Dynamics». Erik Nitsche promeut une vision positive et pacifiste de l’énergie atomique et exalte l’avancée des recherches scientifiques et technologiques.

Elle produit des avions, des fusées, des centrales nucléaires ou encore des outils médicaux destinés à la recherche contre le cancer. La « GD » construit entre autres l’ «USS Nautilus», premier sous-marin à énergie nucléaire présenté dans l’affiche Atome pour la Paix, hydrodynamique (1955).

Nitsche dessinera trois séries d’affiches de format Mondial au nombre de 28 entre 1955 et 1960. D’une rare ingéniosité de conception graphique, elles font la promotion de l’entreprise auprès du grand public. La première série, Atoms for Peace, imprimée en deux éditions de 1955 et 1956, est créée à l’occasion de la «Conférence Internationale sur l’Utilisation Pacifique de l’Energie Atomique» qui a lieu aux Nations-Unies à Genève du 8 au 20 août 1955. Cette conférence aboutira à la création de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (IAEA) en 1956.

General Dynamics, Atoms for peace

1955 – Erik NITSCHE

CHF 2130.–

Nouveau

Exploring the Universe, la seconde série, dessinée entre 1957 et 1958, présente les recherches scientifiques effectuées par la société General Dynamics à l’occasion de la deuxième «Conférence Internationale sur l’Utilisation Pacifique de l’Énergie Atomique» à Genève en 1958. A cette occasion, le réacteur atomique «Triga» est présenté au public. La troisième série, Energy and Industrial Products imprimée en 1960 dépeint les différentes divisions de la General Dynamics. Ce sont aujourd’hui des pièces d’une grande qualité de conception, exposées par les musées et très recherchées par les collectionneurs. Il est difficile de rassembler la collection complète des affiches Général Dynamics.


» Voir la Sélection General Dynamics

General Dynamics, exploring the Universe, Nuclear fusion

1957 – Erik NITSCHE

CHF 1930.–

Nouveau

Style Suisse International (1950-1980)

Le Style Suisse International ou «Swiss International» en anglais apparaît en Suisse à travers deux écoles, à Bâle et à Zürich à partir des années 1950. Il s’inspire des découvertes formelles du Bauhaus et apporte une solution visuelle au trilinguisme suisse. En effet, les affiches du Style Suisse International proposent un esthétisme simple, épuré, objectif et divulguent un message visuel clair et compréhensible, qui abolit les frontières entre l’allemand, le français et l’italien, les trois langues parlées en Suisse: «l’affiche typographique suisse est empreint de rigueur, clarté, précision et est le fruit d’une réflexion sur la communication». Cette solution s’étend de manière internationale, le Swiss Style connaît une expansion grandissante et deviendra peu à peu le style de design graphique prédominant dans les années 1970. Il s’agit d’un travail de design graphique exigeant, qui suit des règles strictes, comme une mise en page asymétrique et l’utilisation de caractères sans-serif (avec la création de la police Helvetica en 1961).

Stadttheater Basel

1961 – Armin HOFMANN

CHF 1330.–

Des artistes talentueux comme Josef Müller-Brockmann avec ses affiches d’une rare pureté graphique telle que l’affiche pour le Concert de Georg Solti et Claudio Arrau (1960), Carlo Vivarelli, Armin Hofmann avec sa série pour le Stadt Theater Basel, Kurt Wirth avec ses affiches pour Swissair ou Karl Gerstner et Markus Kutter pour le National Zeitung produisent des affiches Style Suisse International, véritables chefs-d’œuvre du graphisme.

Ces artistes suisses se regroupent en 1958 et fondent la revue «Neue Grafik» qui définit les règles du Style typographique International qui sont la clarté, la précision et l’équilibre. Si l’école de Zürich prône la rigueur et la sobriété, l’école de Bâle est plus expérimentale et se permet une plus grande liberté et spontanéité. L’école de Bâle d’Hofmann établit un lien avec l’école de design de Yale aux Etats-Unis qui deviendra le leader américain du Swiss Style.

Georg Solti, Claudio Arrau, Brahms, Beethoven, Schumann, Tonhalle Zürich

1960 – Josef MÜLLER-BROCKMANN

CHF 1350.–

Le Style Typographique suisse.

Le Style Suisse International décline peu à peu à la fin des années 1970. Le graphiste et typographe Wolfgang Weingart libère l’affiche suisse des contraintes formelles rigides et dogmatiques du Swiss Style et propose un design orienté vers l’expérimentation, on parle alors de « style Weingart ». Il devient professeur à l’école de Bâle et rencontre Emil Ruder et Armin Hofmann, son enseignement est divulgué partout dans le monde. Weingart propose un graphisme plus complexe, expérimental et déstructuré avec de forts contrastes en utilisant l’impression en offset ou en sérigraphie, comme c’est le cas dans son affiche pour l’Exposition Kunstkredit à Bâle en 1976.

Il dessine la couverture du livre de Bruno Margadant pour l’exposition d’affiche suisses Das Schweizer Plakat en 1983. Dans une composition complexe et colorée, qui s’apparente à un collage, il met en scène les symboles traditionnels de la Suisse, la croix blanche, la croix rouge et la Matterhorn, de manière novatrice et révolutionnaire.
Son travail artistique a encore des répercussions sur la création des designers graphiques aujourd’hui, notamment dans le domaine du design informatique.

Un second mouvement voit le jour à Zurich dans les mêmes années autour de Siegfried Odermatt et Rosmarie Tissi qui collaborent dans le même studio de design depuis 1968. Ils mettent au point un design novateur, qui s’inscrit néanmoins dans la lignée des règles de lisibilité et de clarté établies par le Style Suisse International. Leurs affiches sont dessinées selon des critères originaux tels que la mise en scène de la couleur de façon dramatique, l’utilisation de la photographie ou la division de l’espace sur une seule page. Le duo porte une attention particulière au travail sur la forme et la texture, ils recadrent et redimensionnent les objets dans leurs affiches.

The Swiss Poster, Birkhäuser Publishers Basel - Boston

1983 – Wolfgang WEINGART

CHF 620.–

L'influence du Pop Art

Le «Pop Art» rassemble des artistes tels que Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi autour de «l’Independant Group» créé en 1955 à Londres. Suivit de près par son pendant New-Yorkais, il se développe aux Etats-Unis au cours des années 1960 avec des artistes comme Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg ou Andy Warhol.

Ce mouvement désacralise le statut de l’artiste et pose les questions de la valeur marchande de l’art, de la légitimité de l’acte créateur et de la reproductibilité d’une œuvre d’art, au même titre qu’un objet de consommation. En effet, le mot «Pop Art» est l’abréviation d’«art populaire» en anglais, les artistes de se mouvement explorent l’influence de la «Low Culture», c’est-à-dire des magazines, de la bande-dessinée, de la télévision et de la publicité sur celle de la «High Culture», l’Art établit institutionnel. Par ce biais, des objets du quotidien acquièrent le statut légitime d’œuvre d’art, par la simple décision et mise en perspective de l’artiste.

Sinalco, Prix de l'affiche Suisse 1968

1968 – Ruedi KÜLLING

CHF 1270.–

Stop AIDS, The power of love.

1995 – ANONYME

CHF 290.–

Psychédélisme (1960-1970)

La production graphique des années 1960-1970 est marquée par les idées contestataires de son temps, elle fait preuve d’une volonté de faire table rase des valeurs traditionnelles, notamment à travers l’émergence du mouvement Hippie.

L’arrivée de la «musique pop» engendre la commande d’affiches très colorées et psychédéliques, pour faire la promotion des concerts. C’est le cas de Rick Griffin à San Francisco qui dessine des affiches pour les groupes Jook Savages (1965) ou encore «The Charlatans» ou «Grateful Dead». Ces affiches imprimées en sérigraphie prônent la libération des mœurs et font souvent l’apologie de la drogue à travers des compositions humoristiques et créatives, qui cherchent à recréer visuellement les effets hallucinogènes du LSD, des psychotropes et des champignons magiques, par des volutes et des couleurs fluorescentes.
D’autres artistes californiens comme Stanley Mouse, Wes Wilson ou Alton Kelley, revisitent les affiches du passé. Ils reprennent, entre autres, les courbes et les ornementations du mouvement Art Nouveau et des œuvres de Mucha dans leurs affiches psychédéliques. L’esthétique des affiches psychédéliques emprunte également à l’art indien, elle est saturée de courbes enchevêtrées, de couleurs criardes juxtaposées, et comporte souvent une typographie illisible.

Bier, Bière, Birra

1970 – Elvira VOMSTEIN

CHF 470.–

A New York, le «Push Pin Studio» voit le jour créé par Milton Glaser et Seymour Chwast, il intègre les idées véhiculées par le mouvement hippie à la publicité. Glaser réalise l’affiche pour le concert de Bob Dylan (1966) en créant un contraste entre les couleurs vives de la chevelure et le visage du chanteur en noir sur fond blanc. Les découvertes graphiques des affichistes américains s’étendent en Europe, notamment à Londres. L’affiche pop européenne s’inspire à la fois du psychédélisme, du mysticisme et de la culture punk.


A la fin des années 1960, l’affiche quitte la dimension ludique du Pop Art et du psychédélisme, elle se politise et contribue au mouvement de contestation contre les idéologiques et politiques au cours des années 1970, notamment pour défendre le droit des Noirs, des femmes, des homosexuels et des exclus de la société en tout genre. Ces mouvements contestataires se théorisent et donnent naissances à diverses chaires universitaires à travers le monde qui posent des nouvelles pistes de réflexion, les «Cultural Studies», les «Gender Studies» et les «Queer Studies».

Tube Jazz Club

1970 circa – VALLIER

CHF 170.–

Postmodernisme (1980-1990) et époque contemporaine (dès 1990)

La période postmoderne se définit par une volonté de combiner la «Low Culture», la culture de masse, les produits de consommation et la publicité avec la «High Culture», l’art classique, traditionnel et canonique. Le postmodernisme naît dans une ère capitaliste où la sphère artistique est étroitement liée à l’économie. La culture des marques, le «branding», prend de plus en plus d’importance et la publicité s’infiltre dans tous les domaines. L’époque des groupes d’artistes et des manifestes est révolue, le postmodernisme voit apparaître le concept de «mythologies personnelles» ou «mythologies individuelles» selon le terme inventé par Harald Szeemann en 1972.

En effet, à partir des années 1980 les artistes affirment un art individuel et personnel, ils s’interrogent sur leur propre histoire et leur propre identité par le biais des arts plastiques, la photographie ou la performance. Les affichistes affirment également leur propre style et proposent de nombreuses directions plus personnelles et différentes les unes des autres.

Hans Feurer for Lee Cooper

1980 circa – ANONYME

CHF 570.–

Mise en scène et Photographie manipulée

La publicité contemporaine compte de beaux exemples de mises en scène. L’artiste romand Christian Coigny réalise une série d’affiches pour les boutiques Bon GénieGrieder entre 1975 et 1985.

Grieder

1980 circa – Christian COIGNY

CHF 360.–

Ses compositions poétiques font la promotion des vêtements de la marque de manière onirique et décalée. Des personnages introspectifs évoluent dans des paysages intemporels et factices. A l’instar des Fashion (1983-1994) de Cindy Sherman, Christian Coigny détourne les codes de la publicité de mode et crée un monde onirique et imaginaire

L’affiche anonyme de 1991: "Fitness Club, question d’équilibre" avec son oeuf en équilibre sur une crâne rasé est un autre exemple de mise en scène pleine d'humour.

Fitness Club, Pleine forme, question d'équilibre.

1991 – ANONYME

CHF 450.–

Pendant la période contemporaine, le traitement de la photographie prend le dessus sur le dessin. De nombreux artistes recourent au procédé de la photographie manipulée par la modification des couleurs, la mise en scène ou encore des jeux d'échelle.

Genève, 53e Salon de l'Auto, 1983

1983 – Edgar KUNG

CHF 430.–

Ce phénomène est largement développé dans le monde de l’affiche. Edgar Küng dessine une affiche pour le 53e Salon de l’Auto à Genève (1983) dans laquelle les roues des voitures sont remplacés par des yeux qui comme une paire de jumelles invite le spectateur à venir voir de près les derniers modèles.

Pour l'affiche de la retrospective Fritz Lang du Filmpodium à Zürich, L’artiste suisse Paul Brühwiler. pose en étoile une série de scènes issues des films du réalisateur allemand qui semblent irradier de son esprit.

Fritz Lang Retrospektive in Filmpodium Kino

1983 – Paul BRUHWILER

CHF 1030.–

La photographie remaniée prend également son essor pour les affiches faisant la promotion d’évènements culturels. C’est le cas pour les œuvres du lausannois Werner Jeker qui réalise de nombreuses affiches, souvent en noir et blanc pour le musée de l’Elysée, le théâtre de Vidy, la collection de l’Art Brut ou la Cinémathèque Suisse. Il fait entre autres l’affiche pour L’exposition et Films de René Clair (1983) à la cinémathèque du Casino de Montbenon à Lausanne.

Pour le genevois Roger Pfund, l’affiche «n’a pas besoin d’être lisible de loin», en 1992, il crée l’affiche du Festival de Jazz de Genève qui montre un visage en gros plan, maquillé aux couleurs primaires et parsemé des noms des artistes; l’œuvre incite le passant à s’arrêter pour déchiffrer le programme du festival. L’affiche Cassandre pour le Théâtre de la Comédie à Genève (1992) est construite selon le même procédé, le spectateur est invité à marquer un temps d’arrêt devant l’affiche pour en déchiffrer le contenu, les informations générales relatives au spectacle étant écrites verticalement. Dans un mode plus ludique, Pfund dessine l’affiche du Cirque Knie : vive le cirque! (2011) dont la composition évoque un mandala d’animaux aux couleurs éclatantes.

Jazz Festival à Genève, Plaine de Plainpalais

1992 – Roger & Sophie PFUND

CHF 290.–

Enfin, la photographie manipulée est utilisée pour les affiches touristiques qui font la promotion de destinations de voyage et de compagnies de transport. Le suisse-allemand Georg Gerster crée des affiches photographiques de vues du ciel pour Swissair rééditées en 1971, 1979 et 1996. Les paysages désertiques sublimés par le choix de l’artiste invitent le spectateur au voyage, à travers des compositions géométriques à l’intelligence graphique naturelle ou urbaine, qui révèlent la force et la beauté de la planète, comme c’est le cas pour l’affiche Argentina (1979).

Beat Keller crée lui aussi une affiche pour Swissair qui reçoit le prix de l’affiche suisse en 1987, Swissair, What do you have to say about Swissair’s new route to Atlanta? OK, elle montre la photographie en gros plan d’une canette de Coca Cola ruisselante d’humidité. Cette astuce de la prise de vue permet d’allier humour et ingéniosité linguistique pour faire la promotion de la compagnie d’aviation.

Philippe Giegel élabore quant à lui des affiches pour l’Office du tourisme suisse (ONST-SVZ) comme Suisse votre ligne… L’air des Alpes (1987), une image d’Epinal qui vante les mérites de la montagne suisse à travers la photographie manipulée d’un groupe de marcheurs descendant de la montagne, dont on ne distingue que les ombres chinoises distendues qui se reflètent sur la paroi.

Swissair, What do you have to say about Swissair's new route to Atlanta? OK

1987 – Beat KELLER

CHF 700.–

L'Affiche illustrée humoristique

Les affiches illustrées prolifèrent elles aussi pendant la période contemporaine sous des formes très variées et ludiques, elles font la promotion de produits, d’une idée ou d’événements, souvent à travers un message humoristique.

Le français Raymond Savignac crée des affiches où l’ingéniosité et l’efficacité du message divulgué contrastent avec le dessin apparemment enfantin, c’est notamment le cas pour l’affiche politique Drogue, le gendarme sévit (1995), où un gendarme surdimensionné soulève par la peau du dos un malfrat portant une valise inscrite «drogue». Si le dessin semble naïf, le message est clair : « (L’affiche) sait qu’elle est éphémère et qu’elle n’a pas de temps à perdre. Ni à faire perdre. (…) elle pratique au plus haut degré son art de dire beaucoup avec rapidité et esprit. Un petit coup d’œil en passant et tout est vu et enregistré. (…) elle a la beauté de l’évidence et l’esprit de synthèse».

Savignac utilise la boutade pour sortir le passant de sa morosité et attirer son attention. Pour lui, l’humour est un moyen de faire passer un message de manière efficace et l’affiche en est le vecteur idéal : «La mise au point d’un gag graphique est un exercice de grande rigueur et de grande voltige».

Drogue, le Gendarme sévit

1995 – Raymond SAVIGNAC

CHF 280.–

Bernard Villemot dessine de nombreuses affiches publicitaires de produits qui jouent avec le spectateur à travers l’humour, elles agissent sur le public comme des charades visuelles. C’est par exemple le cas pour Perrier c’est fou (1981), qui montre un bateau sur une mer déchaînée dont les voiles sont constituées de bouteilles de boisson Perrier. Ou encore pour Chaussures Bally (1989) figurant une femme stylisée qui joue avec la terre comme avec un ballon de foot et qui suggère le message «avec les chaussures Bally de fabrication suisse, vous pourrez faire le tour du monde».

Chaussures Bally

1990 – Bernard VILLEMOT

CHF 1420.–

Ruedi Wyler, avec Zürcher Theater Spektakel (1991), se moque du spectateur lui-même à travers une affiche à l’humour débridé qui fait le portrait d’un amateur de théâtre bourgeois, caricatural et kitch. Toujours pour le Zürcher Theater Spektakel (1994), Edelweiss combine la typographie illustrée et la photographie dans une affiche à l’humour provocateur, pour le programme théâtral du festival en plein air de Zürich. Elle montre les dos d’un couple de mariés nu à l’exception de leurs couvre-chefs, au physique peu avantageux. Il semble que les années 1990 marquent la fin du «politiquement correct».

Les évènements culturels musicaux donnent lieu à diverses affiches humoristiques, qui utilisent le 9e art comme vecteur publicitaire, c’est le cas d’Eric Jeanmonod avec Festival du Bois de la Bâtie (1979), de Claude Luyet avec Genève, L’AMR aux Cropettes (1980), d’Ever Meulen et Eddy Flippo pour le festival de théâtre et de musique Mallemunt (1981), d’Aloys avec son affiche AMR Jazz, hommage à Charlie (1984) ou encore de Georges Schwitzgebel avec son affiche Festival du bois de la Bâtie (1985).


Par ces nombreux exemples, il apparaît que la tradition genevoise inscrit la bande dessinée dans l’histoire de l’affiche de façon significative.

La ligne claire

Enfin, les dessinateurs d’affiches de «la Ligne Claire» rassemblant des artistes tels que Joost Swarte, Ever Meulen, Yves Chaland, ou Ted Benoit, font preuve d’un humour plus grinçant, notamment pour faire passer de messages politiques. Les artistes de ce mouvement caricaturent les patrons, dirigeants et partis politiques sous la forme d’animaux en style «BD».

Mallemunt, Festival de théâtre et de musique

1983 – Ever MEULEN

CHF 350.–

Leurs dessins se caractérisent par l’utilisation de lignes simples d’épaisseur égale qui délimitent les espaces et de couleurs en aplats. Les illustrateurs de la Ligne Claire sont polyvalents et réalisent aussi bien des couvertures de livres, des pochettes de disques que des affiches. Leur travail qui prend racine dans l’œuvre du dessinateur belge Hergé, le père de « Tintin », se trouve à mi-chemin entre la bande-dessinée et l’illustration.

C’est le cas du dessinateur Emmanuel Excoffier, dit Exem, dans son affiche Non à la loi patronale (1989) qui montre un rat qui se délecte des droits syndicaux. L’affiche Locataires, ne vous laissez pas étouffer, oui à la loi contre la spéculation foncière (2000), représente une pieuvre menaçante écrasant des maisons et des habitants entre ses tentacules géantes. Exem crée également des affiches pour des sujets évènementiels, locaux, sportifs, ou culturels, comme la « Course de l’escalade », la Fête des rues, le Salon du Livre ou les brocantes.

Non à la loi patronale contre la fonction publique

1989 – EXEM, Emmanuel EXCOFFIER

CHF 630.–

Genève, L'AMR aux Cropettes

1980 circa – Claude LUYET

CHF 175.–

Les évènements culturels musicaux donnent lieu à diverses affiches humoristiques, qui utilisent le 9e art comme vecteur publicitaire, c’est le cas d’Eric Jeanmonod avec Festival du Bois de la Bâtie (1979), de Claude Luyet avec Genève, L’AMR aux Cropettes (1980), d’Ever Meulen et Eddy Flippo pour le festival de théâtre et de musique Mallemunt (1981), d’Aloys avec son affiche AMR Jazz, hommage à Charlie (1984) ou encore de Georges Schwitzgebel avec son affiche Festival du bois de la Bâtie (1985).



Par ces nombreux exemples, il apparaît que la tradition genevoise inscrit la bande dessinée dans l’histoire de l’affiche de façon significative.